Le vélo, un outil de libération des femmes

« La bicyclette a fait plus pour l’émancipation des femmes que n’importe quelle chose au monde. Je persiste et je me réjouis chaque fois que je vois une femme à vélo. »

Cette citation, on la doit à Susan B. Anthony, militante américaine des droits des femmes et visionnaire à guidon. Et force est de constater que les idées vont plus vite à deux-roues ! Parce que le vélo, pour les femmes, n’est jamais juste un moyen de transport, c’est un symbole d’autonomie, d’émancipation et de liberté.

Quand le vélo ouvre des routes

Retour au XIXᵉ siècle, époque où la petite reine fait son entrée fracassante dans la vie des femmes. Cette machine révolutionnaire libère les corps d’une certaine immobilité sociale imposée par les conventions. Imaginez : des femmes qui sortent seules, qui se déplacent librement et qui découvrent le monde sans chaperon ! Le scandale absolu.

Parmi les pionnières, on trouve Annie Londonderry, première femme à faire le tour du monde à vélo en 1894, ou encore des militantes suffragettes britanniques qui utilisent la bicyclette comme outil de rassemblement et de revendication.

Rouler devient alors un acte politique : prendre la route, c’est déjà prendre sa place.

Suffragettes britanniques

« Couvrez ces chevilles que je ne saurais voir… »

En France aussi, la bicyclette dérange. Les normes vestimentaires rendent la pratique quasi impossible pour les femmes, mais les cyclistes ne se laissent pas freiner. Elles raccourcissent leurs jupes et adoptent le pantalon, pratique pourtant interdite par une ordonnance de 1800 (abrogée seulement en… 2013) et investissent l’espace public.

À cela s’ajoutent des discours médicaux alarmistes, parfois délirants.
En 1888, le docteur Philippe Tissié parle d’ulcérations et d’hémorragies. Le docteur Demeny va jusqu’à qualifier le vélo de « machine à stérilité ». On prétend même que pédaler rendrait les femmes infidèles ou nuirait à leur féminité.

Malgré tout, les femmes persistent. Car se déplacer librement, c’est déjà revendiquer des droits.

Une pour toutes et toutes à vélo !

Aujourd’hui encore, le vélo reste un puissant levier d’émancipation à travers le monde.

  • Au Pakistan, le collectif Girls at Dhabas organise depuis 2018 des rassemblements cyclistes dans les grandes villes pour défier l’idée qu’une femme à vélo serait « inappropriée ». Leur slogan ? « Two-Tyred of Patriarchy » (fatiguées du patriarcat, en deux roues).
  • En Zambie, le programme Bicycles for Education a prouvé que la pratique du vélo pour les filles améliorent leurs résultats scolaires et leur autonomie.
  • En Amérique et en Europe, des réseaux féminins comme Les Cyclopétards (Québec) ou encore Girls on Wheels à Paris multiplient les sorties non-mixtes et les événements inclusifs pour encourager les femmes à enfourcher leur vélo sans pression.
  • Il y a aussi l’exemple relativement renommé de l’équipe afghane féminine de vélo sur route qui a remporté le prix Nobel de la paix en 2016. 

Le point commun de tous ces mouvements ? La solidarité, la visibilité publique et la volonté de faire bouger les lignes. Le vélo devient un vecteur d’éducation, d’emploi, de santé et d’interactions sociales. L’émancipation par la pédale dépasse ainsi les frontières et les classes sociales.

BEEP Program Zambie

Et aujourd’hui ? État des lieux des femmes à vélo

Bon, et en 2025, où en est-on concrètement ?

En Île-de-France comme dans le reste de la France, la proportion de femmes cyclistes reste inférieure à celle des hommes sur les trajets quotidiens (38 % selon les dernières stats). Les raisons de cet écart sont multiples : insécurité (des infrastructures insuffisantes, trafic dense, autres usagers), manque d’éclairage, harcèlement de rue, et charge mentale qui pèse sur l’organisation des déplacements (enfants, courses, etc.).

Les chiffres le confirment : les femmes sont plus nombreuses à privilégier le vélo dans les zones bien aménagées, avec des pistes cyclables séparées et continues.

Quand l’infrastructure suit, les femmes pédalent.

Faire de l’Île-de-France un espace plus cyclable pour les femmes

Alors, comment transformer l’Île-de-France en paradis à deux roues pour toutes ? Voici quelques pistes concrètes (sans mauvais jeu de mots) :

Le vélo a déjà libéré des générations de femmes et continue de le faire. Alors, que vous soyez cycliste aguerrie ou débutante, rappelez-vous qu’enfourcher votre Vélib’, c’est peut-être un petit coup de pédale pour vous, mais s’en est un grand pour les femmes !